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Conseiller un
dirigeant
Article pour
la Jaune et la Rouge octobre 2005
Esquisser
de nouvelles attentes et de nouvelles approches en conseil de direction
est un exercice difficile car les nuances du vécu y rendent délicat
le passage à la théorie et limitent fortement la pertinence
d'un propos général. Nous nous risquerons toutefois à
dégager quelques tendances significatives, en partant de considérations
simples autour du dirigeant, de ses missions, et de ses limites.
1. Une qualité essentielle du dirigeant est d'accorder dans le
temps et l'espace le flux ininterrompu de décisions stratégiques
. De maîtriser en particulier les horloges:
- savoir satisfaire
aux exigences du court terme (redressement des
. comptes, désendettement...) tout
en préparant l'avenir,
- savoir accorder les horizons temporels des différentes fonctions
de
. l'entreprise (de la recherche à
la formation des hommes en passant
. par les investissements structurants
tant industriels que marketing...),
- savoir accorder à la culture et à la dynamique propres
de l'entreprise,
. au bon tempo, les évolutions,
contraintes et opportunités externes...
"Accord"
de plus en plus délicat dans un univers aux frontières
plus floues et aux évolutions moins prédictibles, mais
accord essentiel: si le succès d'une entreprise tient à
la compétence de ses hommes, à la qualité de ses
processus, à la pertinence de ses objectifs, ne doit-elle pas
sa valeur et sa pérennité à leur accord, et à
leur accord dans la durée?
D'où
l'effort toujours à reprendre pour rassembler harmonieusement
ce que la spécialisation fonctionnelle, nécessaire aux
organisations complexes, distingue, et finalement disperse; effort de
plus en plus surhumain, dès lors qu'il se refuse à être
seulement intuitif.
2. Pour remplir sa mission, un dirigeant doit réunir des qualités
exceptionnelles à la fois managériales et stratégiques,
de leadership et de vision, de jugement et de décision; ce qui
impose de savoir intégrer, sans cesse, des facteurs de décision
toujours plus nombreux et évolués, de nature marketing,
commerciale, technologique, industrielle, financière, culturelle,
politique, sociale, comportementale...
Le
caractère complexe et pluridisciplinaire de la décision
"stratégique" ne saurait conduire à déléguer
son élaboration à une quelconque direction de la stratégie,
qui peut constituer toutefois un support précieux pour la réflexion;
ni à se reposer sur une équipe de direction, ou des adjoints,
qui, s'ils sont des appuis indispensables, demeurent pour le dirigeant
des vecteurs de son action. Le dirigeant doit-il pour autant s'en remettre
à son seul jugement? Est-il suffisant qu'il s'entoure d'experts
pointus, dont la rationalité méthodologique rassure à
défaut d'être toujours pertinente ? Ou qu'il recourre à
des conseils externes à spectre plus large mais spécialisés
pour répondre à la question du moment?
3. Plus une décision se situe à un niveau stratégique
et global, qui est celui du dirigeant, plus elle requiert de l'expérience
et une vision globale de l'entreprise, du monde et de l'homme, les approche
ou intervention "techniciennes" étant non seulement
insuffisantes, mais pouvant même s'avérer dangereuses par
ignorance des effets induits.
L'excès
de spécialisation, la dictature de plus en plus mal vécue
en particulier de "l'informatisation" de l'entreprise génératrice
de décisions de "mauvais sens" (l'outil et le comment
prenant le pas sur le pourquoi et l'objectif...), les catastrophes engendrées
par le recours abusif à des consultants experts dans leur approche,
mais focalisés sur un maillon de la chaîne de valeur et
oublieux de la complexité "biologique" de l'entreprise...,
ont imposé depuis une quinzaine d'années une vision plus
large de l'entreprise et partant des propositions plus globales pour
aider à la diriger, à la piloter, à l'animer...
Cette globalisation va certes dans le bon sens mais ne répond
qu'imparfaitement à l'acuité du problème, l'écart
objectivement croissant entre l'ampleur des missions du dirigeant et
sa capacité à les conduire harmonieusement.
4. Dans une position éminente autant qu'exposée, la solitude
est dangereuse. D'où l'appui, depuis longtemps recherché,
sur un homme de confiance amené avec soi ou choisi au sein de
l'entreprise. Il arrive toutefois que le "conseiller du Prince"
soit trop enfermé dans la relation personnelle ou trop impliqué
dans la structure pour avoir l'indépendance de jugement ou la
liberté de parole nécessaires. La tendance à la
volatilité des dirigeants rend par ailleurs de plus en plus rare
la fondation d'une relation durable entre un dirigeant et un conseiller"institutionnel".
D'où
le recours à un "coach", pour pallier cet éparpillement
relationnel et briser la solitude du "chef". Mais le coaching,
parce qu'il vise la mise en valeur de la personnalité et du potentiel
du dirigeant en tant que "leader", demeure volontairement
très en retrait par rapport à la situation objective de
l'entreprise avec laquelle le dirigeant est au prise: position de principe
qui donne à ce recours à la fois sa valeur et ses limites.
D'où
l'intérêt du recours à un conseiller "généraliste"
de métier ayant l'expérience vécue du management
et pouvant offrir, dans la durée, un mode d'accompagnement laissant
le dirigeant s'approprier la maturation née de cet échange.
Outre les avantages classiques du recours à un conseil externe
(apport méthodologique et informatif, mise au clair des enjeux,
utilisation d'un tiers autorisé mais extérieur pour faire
passer des visions iconoclastes et des décisions difficiles,...),
l'accompagnement " stratégique" par un conseiller ayant
une expérience vécue de dirigeant permet la prise de recul
et l'échange en "miroir" hautement souhaitables pour
des décisions susceptibles d'induire un changement majeur dans
l'entreprise.
Plus
précisément l'accompagnateur constitue ainsi le pôle
d'une relation caractérisé par l'alliance - rare- de la
proximité (relation de confiance dans la durée, estime
mutuelle, parité intellectuelle, compréhension partagée
des fondamentaux du métier de dirigeant, ...) et de la distance
(distinction des rôles, indépendance de l'accompagnateur,
recul permis par la connaissance d'autres pratiques, en d'autres temps,
d'autres lieux, d'autres secteurs...).
5. En réponse aux dirigeants conscients de l'intérêt
d'une assistance globale à la conduite de leurs responsabilités
(de l'éclairage des décisions sensibles à l'accompagnement
de leur leadership dans la conduite des changements nécessaires),
une nouvelle offre de conseil de dirigeants s'affirme aujourd'hui, soucieuse
d'une approche expérimentée et "poly-technicienne"
sachant allier rigueur dans l'analyse, sens des situations et compréhension
des hommes, capitalisant sur l'acquis méthodologique du métier
de conseil tout en offrant la richesse irremplaçable du vécu.
En
plus des conseillers de haut vol pour très grands patrons, ou
d'anciens dirigeants vendant "leur" méthode, apparaissent
des cabinets spécialisés composés de conseillers
essentiellement seniors, eux-même anciens dirigeants ayant acquis
une bonne expérience du conseil. Malgré le caractère
personnel et confidentiel de leur intervention comme conseil d'un dirigeant,
l'appartenance à une équipe leur permet en effet de bénéficier
d'un spectre plus large d'expériences partagées et réfléchies.
Ainsi
l'accompagnement de dirigeant, qui a pour but d'aider ce dernier à
définir et réaliser ses objectifs stratégiques
au sein d'une relation humainement riche, apparaît comme un "métier"
à la fois très ancien et très actuel, au confluent
d'attentes encore largement informulées et d'une offre de conseil
adaptée commençant à se structurer.
Pierre Schmitt,
associé gérant d'Arclès
Georges Richerme, associé d'Arclès
Cet article a été
publié dans la revue des anciens élèves de l'Ecole
Polytechnique, la Jaune et la Rouge n° 611 de janvier 2006
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