< Précedente
CONDUIRE LA REFORME
DE L'ETAT
"Objectifs
et indicateurs de performance"
Une étape cruciale de la Réforme Budgétaire
Note pour le MINEFI
mars 2004
Le
chantier « objectifs et indicateurs de performance », en
voulant exprimer concrètement les objectifs conjoints defficacité
dans le service de lintérêt général,
de qualité et defficience économique, se révèle
effectivement comme un point de passage et un révélateur
critiques de la Réforme Budgétaire, et plus largement
de la Réforme de lEtat.
Sa
complexité est redoutable par lampleur de ce quil
traduit synthétiquement, par sa portée « stratégique
» et lenjeu politique qui le sous-tend (remise en jeu du
sens, du contenu et des moyens des « missions »), par sa
capacité à exprimer les lacunes des organisations au regard
des missions redéfinies comme à révéler
les blocages « culturels » face à une évolution
de cette ampleur.
La
modernisation de la gestion publique, dont la nouvelle constitution
financière de lÉtat constitue le référentiel
et le socle, suppose en effet une expression des objectifs :
- pertinente (adaptée,
réaliste, cohérente
) pour permettre un réel
. pilotage,
- suffisamment stable (malgré la nécessaire plasticité
imposée par
. lévolution des priorités
politiques) pour permettre une réelle
. évaluation dans la durée,
- compréhensible, afin dêtre partagée par
le plus grand nombre possible
. dacteurs et non par un microcosme
de spécialistes « propriétaires »,
- mesurable enfin.
Ces
qualités, qui semblent de bons sens, supposent pour être
réunies une démarche très volontaire et très
approfondie en amont afin de placer lenjeu au plan stratégique
qui est le sien, résister aux pesanteurs structurelles, faire
adhérer le plus grand nombre, tout en assurant par ailleurs la
cohérence avec les chantiers connexes.
1. Sassurer de la participation des « managers » dans
une démarche à caractère stratégique :
Le
fait que certains ministères aient confié la définition
des objectifs et indicateurs aux budgétaires peut sinterpréter
comme un détournement de lexercice de réflexion
stratégique, préoccupant sil nétait
pas immédiatement corrigé. La nomination en cours des
responsables de programmes devrait permettre de corriger le tir. Certains
ministères ont heureusement perçu depuis longtemps combien
la définition des objectifs relève dune réflexion
stratégique et lont conduite comme telle : examen approfondi
des missions et du contexte dintervention du département
ministériel, prise en compte de linsertion des programmes
dans une politique publique plus vaste et des actions conjointes avec
dautres acteurs, importance relative au sein des programmes des
actions engagées, définition dobjectifs réellement
et durablement prioritaires, degré de contrôle du ministère
sur les objectifs choisis
2. Résister au syndrome du retour aux sources :
Toute
conduite du changement, et celle-ci est considérable, est confrontée
à des situations « dadhérence au passé
». Le constat a souvent été fait : il est tentant
de vouloir reproduire dans un nouveau système « imposé
» (et même si on adhère de loin à des principes
sur lesquels une communication intense a été faite) des
habitudes de travail, des situations de pouvoir, des règles dinterprétation
etc.
que lon maîtrise et que lon apprécie. Le nouveau
langage, le nouveau code formel, est alors utilisé malgré
une immobilité de fait de lorganisation ou du mode de management.
A
cet égard ne suffisent pas, même sils sont par ailleurs
nécessaires, les documents de références (terminologie,
guide méthodologique, bonnes pratiques
). Il est important
de traiter aussi (sans les « dénoncer ») les échecs,
les résistances au changement, les effets pervers, et de suivre
dans cet esprit les expérimentations en cours.
3. Faire adhérer en impliquant toute la structure concernée
:
Le
fait que tel ministère propose une batterie de 80 objectifs et
indicateurs pour un programme, ne témoigne pas forcément
dune faiblesse de la réflexion stratégique ou dun
calage paresseux sur les structures existantes. Il a pu être en
effet légitimement souhaité que chaque unité puisse
se projeter et être partie prenante dans le complexe dobjectifs
en cours de définition. Et il nest pas forcément
pertinent alors de renvoyer à la méthodologie prescrite
en central pour dégager des priorités.
Lexpérience
accumulée de « conduites du changement » au sein
de grandes organisations témoigne en effet de limportance
cruciale dassocier et de faire adhérer en amont le personnel
à un système dobjectifs décliné du
général au particulier dans lesquels il se reconnaisse
vraiment.
Tout
changement profond suppose non seulement une communication intense,
descendante, mais réellement la participation du plus grand nombre
au processus délaboration géré au sein du
projet.
La
mise en uvre de la Réforme Budgétaire nemprunte
certes pas la voie habituelle de la directive de type hiérarchique
et se développe bien en mode projet, mais elle ne portera tous
ses fruits collatéraux en terme de modernisation de la gestion
publique que si elle se construit en recherchant, aussi difficile cela
soit-il, une réelle participation des agents concernés.
La tentation est grande, surtout dans une certaine urgence, de croire
que la qualité des « outils » emportera finalement
ladhésion et quil suffira de communiquer et de «
former » ex post
Dans
notre méthode Performance Globale, lélaboration
participative dun « Organigramme dobjectifs »
permet dinsérer au maximum une structure existante dans
un processus de définition dobjectifs en ne cherchant pas
a distinguer a priori les finalités, les objectifs de performance,
les objectifs de moyens
, permettant ainsi que tel objectif pour
un acteur soit un moyen pour un autre.
4. Développer les expérimentations dans une approche «
spirale » :
La
structuration de la Réforme Budgétaire en chantiers thématiques
peut focaliser lattention sur lobtention de tel document,
la disponibilité de tel outil, le franchissement de telle étape
planifiée a priori plutôt que sur lavancée
globale, transversale, du nouveau processus délaboration
budgétaire.
La
plupart des expérimentations se sont dabord focalisées
sur la mise en uvre des principes de la nouvelle gestion dans
leurs aspects les plus novateurs (globalisation des crédits
)
et les plus porteurs (fongibilité
) pour les responsables
opérationnels. Les expérimentations en cours sont plus
ambitieuses en cherchant à préfigurer à la fois
les nouveaux contours et les nouveaux modes de gestion (répartition
des crédits par action ; préfiguration des BOP et du dialogue
de gestion ; validation des indicateurs
). Il semble cependant
quelles concernent souvent en mode projet un univers restreint
de spécialistes et quil manque parfois une démarche
permettant une large association du personnel.
Un
test de mise en uvre sur plusieurs chantiers thématiques
clés de la Réforme (permettant par exemple de dégager
les objectifs et les indicateurs de performance dun programme
en impliquant les responsables opérationnels et , dune
manière ou dune autre, le plus grand nombre possible dagents,
tout en validant concrètement la qualité de production
« automatisée » des indicateurs qui sera de leur
ressort
) permettrait de mieux identifier les difficultés
et blocages potentiels tout en faisant avancer la prise de conscience
des révisions structurelles et culturelles qui simposent
(meilleure adéquation des structures aux missions, intérêt
pour le service du suivi des indicateurs, de la pratique de lanalyse
comparative - « benchmarking » - et de lauto évaluation
).
Cette
approche « spirale », c'est-à-dire où lon
procède par expérimentation transversale sur plusieurs
« chantiers » simultanément, appliquée sur
un à trois programmes, permet, avant denvisager tout déploiement
à grande échelle, danalyser leur interaction dans
une étude de cas grandeur nature.
Il
sagit ici de quelques pistes, toutes focalisées, compte
tenu de lavancement des chantiers et de la qualité des
résultats obtenus à ce jour, sur la nécessaire
adhésion du plus grand nombre. Le contexte particulier et difficile
de la Fonction Publique ne permet pas de sous estimer limportance
dune approche très ambitieuse à cet égard.
Cest à cette condition en effet que le pilotage par les
objectifs pourra sassocier à un management par la performance,
dans une dynamique vertueuse dune plus grande efficacité
au service dune plus grande efficience.
Patrice Michaka,
Arclès
Pierre Schmitt, Arclès
<
Précedente